Le 19 novembre, Delphine nous a présenté un article traitant du sujet très controversé de la « désextinction » des espèces. Cela consisterait à recréer une espèce ayant disparu grâce aux techniques modernes de clonage ou de manipulation génétique.

Dans l’article qu’elle a choisi, il s’agit de l’ibex pyrénéen, qu’une équipe de chercheurs propose de cloner grâce aux gènes prélevés sur le dernier spécimen de cet animal, mort en 2000 et surnommé Celia.  

L’article

Can cloning revive Spain’s extinct mountain goat?”, le clonage peut-il faire revivre la chèvre des montagnes espagnoles éteinte ? paru en novembre 2015 dans SciencemagL’équipe de chercheurs franco-espagnole n’en est pas à son premier essai, car en 2003 ils avaient déjà pu faire naître un clone de Celia, malheureusement mort au bout de quelques minutes d’une malformation pulmonaire. Depuis, les technologies se sont perfectionnées, et l’intérêt pour la désextinction leur a valu des dons pour poursuivre le projet. C’est pourquoi l’équipe reformée a pu recommencer les expériences, et un chevreau est né en août dernier.

Mais il faut plus d’un individu pour avoir une communauté viable, et pour l’instant les chercheurs ne disposent que de cellules femelles. Cet animal en bonne santé est une prouesse technologique, mais ne représente pas pour le moment la résurrection de la population d’ibex pyrénéens.

Les questions soulevées

Les questions et remarques ont immédiatement fusé lors du sémibière. La première étant :

« Êtes-vous pour ou contre la désextinction ? »

Question extrêmement controversée. Certains s’indignent car ils considèrent que l’argent de la recherche pour recréer des animaux devrait être employé à la conservation de ceux qui survivent encore. D’autres s’émerveillent sur la technologie et voient en elle une promesse d’avenir enfin modulable, une possibilité de revenir en arrière et ne plus avoir à dire qu’il est « trop tard ».

Mais aussitôt la question se pose de savoir quelles espèces seraient alors « dignes » d’être recrées ? Quels seraient les critères de choix ? Enfin, ressusciter une espèce dont le milieu a entièrement changé, n’est-ce pas finalement la propulser de nouveau vers l’extinction ? Où la placer, si son habitat a disparu ? Cette dernière question est déjà soulevée par les programme de conservation ex-situ : les espèces en voie d’extinction sont protégées loin de leur milieu d’origine, mais qu’en faire une fois qu’elles ont pu proliférer en captivité ? Où les relâcher ?

Certains tentent de temporiser la discussion en arguant que la recréation d’une population entière n’est pas pour tout de suite, car de nombreux obstacles techniques sont encore présents. Comment, à partir d’un seul individu, reconstituer une population ? Cela poserait forcément problème au niveau génétique. Pourtant, on observe actuellement des espèces extrêmement prolifiques qui ont envahi un nouveau milieu à partir d’un nombre restreint d’individus : la plupart des invasions d’insectes ont eu lieu sur ce modèle.

De plus, lors de la conception du premier individu d’une néo-espèce, peut-on s’assurer qu’il aura le même mode de vie que ses ancêtres disparus ? Quelle transmission acquise pourra s’effectuer si ses parents ne sont pas tout à fait de la même espèce ? Peut-on entièrement s’en remettre à l’inné ?

Ouvertures

Les scientifiques préfèrent discuter, évaluer chaque argument et trouver une nouvelle question à chaque ébauche de réponse plutôt que de conclure définitivement par une réponse tranchée. Toutefois, personne ne conteste le fait que la technologie avance bien plus vite que les accords éthiques. La question « doit-on ressusciter les espèces ? » se pose dès maintenant, car nous en aurons bientôt la capacité.

Sur cette question encore les avis divergent. Beaucoup pensent que c’est jouer à l’apprenti sorcier, mais on se souvient que cet argument était déjà employé lors du clonage réussi de la brebis Dolly. Citons encore Michael Archer, paléontologue à l’université de Nouvelle-Galle du sud :

« Certains disent que faire revivre une espèce qui n’existe plus revient à jouer au dieu. Moi, je pense qu’on a déjà joué au dieu quand on a exterminé ces animaux » (à lire dans le National Geographic).

 

Certains ont encore avancé l’idée que l’on pourrait utiliser les technologies génétiques non pas pour cloner des animaux disparus mais pour modifier le génome des animaux existants afin de les adapter au nouvel environnement auquel ils doivent faire face…

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Encadré _ La disparition de l’ibex pyrénéen

L’ibex pyrénéen, encore appelé bucardo, était un animal massif, bien plus gros que les deux espèces d’ibex qui survivent encore en Espagne. Adaptés à l’habitat montagneux, ils étaient capable de résister aux hivers très froids et de grimper des falaises. Mais les chasseurs convoitaient leurs grandes cornes courbées, et dès 1913 on considéra le bucardo éteint. Toutefois, une petite population demeurait au sein des montagnes, et le gouvernement en interdit formellement la chasse. Mais l’espèce ne put jamais se reconstituer et tendait toujours plus vers la disparition… jusqu’à son dernier individu, écrasé par la chute d’un arbre en 2000.